Aujourd’hui, je réfléchis sur les fins, je vous donne quelques astuces d’écriture et des avis de lectrice.

Avant toute chose, n’oubliez pas que, comme dans tous les articles où je donne des conseils, ce sont des conseils et pas des règles immuables à appliquer. S’ils ne vous conviennent pas, ce n’est pas grave. Ecrivez comme vous le sentez !

Pourquoi parler de la fin ?

Le mois dernier, dans mon article d’inspirations, je vous ai invité·e·s à me proposer des sujets sur lesquels vous aimeriez bien avoir mes astuces. J’ai reçu quelques messages sur les réseaux sociaux, mais je vais me pencher sur une des questions du commentaire JunkyClo :

Sinon pour les thèmes au pif je dirais : les dialogues (je crois pas t’avoir vu en parler ?), et aussi un truc un peu plus précis les scènes de dénouements. En gros ces moments où tous les fils de ton récit se rencontrent pour former la fin (ou le milieu, ça dépend de l’histoire). Vu que tu écris un long roman, ça doit te parler, tu as p-e quelques conseils là-dessus ? En tout cas, moi ça m’intéresse, c’est une partie assez complexe je trouve surtout si tu veux pas endormir les lecteurs d’ennui.

Aujourd’hui, vous l’aurez compris, je vais me pencher sur les dénouements.

Je vous avoue que c’est un sujet difficile à traiter. Personnellement, j’aime rarement les fins, que ce soit dans les livres, dans les séries, dans les jeux vidéo, dans les films… si un jour je vous dis « J’ai adoré ta fin ! » , vous pouvez vous en vanter.

C’est embêtant, parce que les dénouements sont importants. Après tout, qu’il s’agisse du dénouement d’un arc narratif (une intrigue à part entière dans l’histoire, cliquez ici pour découvrir l’article Wikipedia sur l’arc narratif) ou de celui de l’histoire toute entière, c’est sur lui que vos lecteurs vont s’arrêter. Oui, certes, cela paraît idiot de dire « C’est sur la fin qu’on termine un récit. » mais c’est vital. Imaginez : vous rencontrez quelqu’un et vous passez un excellent moment. Puis, au moment de vous séparer, cette personne dit quelque chose qui vous ne vous plaît pas trop, ou vous déçoit terriblement. Avez-vous envie de rencontrer de nouveau cette personne ? Avez-vous envie de la recommander à vos ami·e·s ?

Personnellement, je me suis fait une raison : je n’aime pas les fins, certes, mais si j’ai passé un excellent moment avant, c’était déjà très bien. Peut-être que j’ai simplement du mal à quitter les univers dont on m’ouvre les portes !

Malheureusement, la conséquence de tout ceci est que j’ai beaucoup de mal à terminer mes histoires et à être satisfaite de la fin.

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Fins ouvertes ou fermées ?

Connaissez-vous les fins ouvertes ? Ce sont ces fins qui laissent les lecteurs et/ou spectateurs imaginer la conclusion de l’histoire. A l’inverse, les fins fermées déterminent clairement la fin du récit et de la quête du personnage.

Exemples :

  • « Bill demeura silencieux. Toutes ces années passées ensemble prenaient une autre teinte, aujourd’hui. Il était prêt à l’épouser. » Si le texte s’arrête ici, c’est une fin ouverte. On ne sait pas comment se passera le mariage, combien de temps les personnages vivront ensemble, s’il y aura une adoption de trois chats ou si le couple partira pour un tour du monde. Si vous voulez des exemples de fins ouvertes qui fonctionnent bien, je vous invite à lire le recueil de nouvelles « Autour de ton cou » de Chimamanda Ngozi Adichie (vous ne devriez même pas avoir besoin de ce prétexte pour le lire).
  • « Jenny eut un rictus. Tout ça pour ça. Tout ça pour la lame de Bob plantée dans son ventre. Jamais elle n’atteindra le Graal. Elle mourut sur cette ultime trahison. » La fin est fermée (et très fermée) puisque Jenny, héroïne de l’histoire, est morte (à moins que vous n’écriviez une histoire avec des morts vivants, où ceci pourrait n’être que le début).

 

Pensez en objectifs. Votre (ou vos) personnage a un objectif. Cela peut être rencontrer quelqu’un, sauver le monde, trouver un appartement pas cher à Paris, peu importe. C’est un but et ce but va rythmer le récit.

Le dénouement, c’est quand cet objectif est réalisé et qu’il marque la fin d’un cycle chez le (ou les, toujours) personnage. La fin provoque un changement. Dans les exemples précédents, Bill va se marier et Jenny est morte. Ce sont deux gros changements dans leurs vies, qui marquent la fin d’un cycle. Peut-être que Bill a réussi son objectif, supposons qu’il cherchait l’amour. Jenny, quant à elle, a probablement échoué (désolée Jenny, tu peux espérer avoir un meilleur traitement dans mon roman).

Fut un temps où j’écrivais beaucoup de fins ouvertes, aujourd’hui je suis à une période où elles me frustrent. Il faut avouer que l’exercice est compliqué : il ne faut pas que les lecteurs aient l’impression que l’histoire est inachevée. Eh oui ! Ce serait dommage de terminer un livre en se disant : « Mais… il ne manque pas quelques pages, là ?  » et malheureusement, cela m’arrive souvent.

Que votre fin soit fermée ou ouverte, faites attention à ce qu’elle existe ! Demandez-vous si le cycle est terminé, si l’objectif est rempli. Et même si je vous parle de fin d’une histoire, vous pouvez appliquer ce conseil aux arcs narratifs.

Fin 3

Clarté et compréhension

L’autre jour, je lisais une nouvelle (oui, je vous raconte ma vie) dont la chute était de découvrir que le protagoniste était mort depuis quelques pages (oui, j’ai spoilé). Le problème, c’est que j’avais reçu un SMS après avoir lu que le personnage était tombé d’un escalier (oui, la chute c’était qu’il était mort d’une chute, chuteception), que je suis assez souvent tombée des escaliers pour ne pas coller ça dans les événements importants d’une histoire, et que, donc, j’avais oublié qu’il était tombé dans les escaliers. J’ai donc atteint la fin, avec la révélation, sans comprendre d’où sortaient ces escaliers.

Je suis repartie en arrière et j’ai vu qu’il y avait une petite phrase, là : « Je tombai des escaliers. » dont je n’avais pas mesuré l’importance tragique. Ainsi, ma réaction à la fin de l’histoire fut : « Euh… bof. » (Violette, critique littéraire)

Si les dénouements sont importants dans toutes les histoires, ils le sont d’autant plus dans les nouvelles où ils doivent amener une chute, si possible surprenante. Les lecteurs s’attendent à une révélation. 

Dans l’exemple dont je viens de vous parler, c’est gênant parce que l’indice est minuscule. C’est comme si quelqu’un confiait un couteau à un figurant au premier épisode d’une série et que ce figurant tuait le protagoniste au dernier épisode de la sixième saison, alors que personne ne l’avait revu entre-temps. On a la fâcheuse impression que cela sort de nulle part. Oui, c’est surprenant, mais c’est difficile à placer dans l’histoire.

On ne sait jamais dans quel état sont les lecteurs quand ils dévorent nos récits. On peut lire dans le métro, dans une salle d’attente chez le médecin en ayant une crève carabinée, au lit après une journée épuisante, ou tranquillement dans le canapé sans la moindre interruption.

Il faut donc apprendre à faire la part des choses, à donner assez d’indices pour que le dénouement ait du sens, tout en évitant de trop l’expliquer aux lecteurs parce qu’il est très désagréable d’avoir l’impression d’être vu comme quelqu’un de stupide. Il faut donc doser. Je n’ai pas la recette idéale, j’en suis désolée, c’est quelque chose qui s’apprend, qui s’adapte selon vos envies et les besoins de votre histoire. Bon courage !

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La fin et le contentement

Vous écrivez des histoires ? Spoiler : votre fin ne peut pas contenter tout le monde. La fin parfaite, elle n’existe pas.

Je ne peux pas vous dire qu’il faut écrire des fins heureuses. J’ai une amie qui les adore, une autre qui ne jure que par les dénouements tragiques. Dans tous les cas, l’une d’entre elles sera déçue.

Autre exemple : « L’écuyère du poisson chevalier » était initialement rédigée pour un appel à textes. Une de mes relectrices m’avait dit, lorsque je travaillais le récit, que la fin n’était pas bonne. J’ai donc rédigé une autre fin, puis j’ai envoyé le texte à la maison d’édition. Leur retour : ils ne pouvaient pas l’accepter, car ils n’aimaient pas la fin… Entendons-nous bien : il est possible que les deux fins soient médiocres. Mais cela m’a appris que faire une fin parfaite, c’est plus compliqué que cela n’en a l’air.

Oh, bien sûr, il y a des fins qui ont tellement été écrites et réécrites que même avec toute la bonne volonté du monde, vous aurez du mal à les rendre intéressantes. Pour « Le gisement vert » , par exemple, j’ai repris un thème un peu trop éculé (si vous lisez l’article qui accompagne la nouvelle, vous verrez que j’ai eu un mal fou à me décider sur une fin). Je ne peux que vous conseiller d’éviter les dénouements à base de « Tout ça n’était que du vent / une illusion / un rêve. » C’est frustrant, on a l’impression que les personnages n’ont rien appris et qu’on a perdu du temps (oui, dans cet article, je suis très critique envers des choix que j’ai faits). Mais honnêtement, si vous aimez ces fins là, c’est aussi une histoire de style. Peut-être avez-vous l’idée qui renouvellera un dénouement utilisé par des milliers d’histoires ?

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Donner un sens au dénouement

Si vous ne pouvez pas contenter tout votre lectorat, songez à contenter vos personnages. Attention, je ne parle pas de leur offrir richesse, gloire (et beauté ?). Je vous conseille de penser à leurs objectifs et à les amener au bout de leur quête, quelle qu’en soit la conclusion.

Qu’est-ce qui a du sens dans la construction de vos personnages ? Rappelez-vous mon histoire de cycle qui se termine. Quelle est la conclusion qui sera la plus logique dans votre univers ? J’ai un goût particulier pour les fins logiques (attention, cela ne veut pas dire qu’elles ne sont pas surprenantes). N’allez pas chercher midi à quatorze heures, ne racontez pas qu’en trouvant un appartement pas cher à Paris, votre personnage a permis à l’humanité de prendre un nouveau départ. Il y a plus de chances pour que cela se termine par une pendaison de crémaillère dans un mouchoir de poche.

Pensez aux caractères de vos personnages, à leurs histoires, aux contextes dans lesquels ils évoluent. Ensuite, racontez ce qui vous semble juste et vraisemblable.

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Provoquer l’émotion

Je ne sais pas si c’est aussi le cas pour vous, mais les fins qui m’ont marquée sont celles qui m’ont fait ressentir des émotions. De plus en plus, je pense qu’il est nécessaire de se demander ce qu’on veut (essayer) de faire ressentir aux lecteurs.

Oh, ne vous inquiétez pas, il n’y a pas que la tristesse et la joie à votre disposition. Piochez dans le panel d’émotions à notre disposition ! Votre objectif est que vos lecteurs terminent le récit en se disant : « D’accord, je suis un peu secoué·e. »

Personnellement, j’ai un souci de mémoire qui fait que je ne me souviens pas souvent de ce que j’ai lu, vu ou joué. Il faut que l’histoire me marque et bouscule mes émotions pour que je m’en souvienne. Je me souviens des fins de Life Is Strange, We Know the Devil, Firewatch… mais même si je sais que j’ai passé un excellent moment dessus, je suis incapable de vous dire comment se termine Brütal Legend ou n’importe quel Saints Row.

C’est peut-être parce que ma mémoire fonctionne essentiellement grâce aux émotions. Néanmoins, je pense qu’on ne risque rien à essayer d’émouvoir ses lecteurs.

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Outils pour les dénouements

Après toutes ces pistes de réflexion, voici des petites astuces que j’applique quand j’écris :

Créer la fin en avance

Je rédige la fin avant de terminer mon histoire. Ou, au minimum, j’ai un brouillon pour savoir où je vais. Pour mon roman actuel, j’ai quatre ou cinq résumés de fins (et je ne sais pas lequel me paraîtra pertinent quand j’arriverai au bout du récit). Je sais ce qui provoquera le dénouement du récit, même si j’hésite encore sur les détails.

Quand vous préparez une histoire ou un arc narratif, essayez d’avoir une idée de la façon dont il se terminera. Cela vous évitera de tourner en rond.

Noter les objectifs

Quand vous créez un personnage, quand vous l’insérez dans votre histoire, essayez de garder une trace de ses objectifs personnels et des arcs narratifs dans lesquels iel s’implique.

Vous y verrez plus clair et vous pourrez remarquer s’il y a des choses que vous avez laissées de côté.

Ne pas hésiter à supprimer des arcs narratifs qui ne plaisent pas

Plus tôt dans cet article, je vous donnais des exemples d’histoires pour lesquelles j’avais eu du mal à trouver une fin. Et figurez-vous que ce sont des histoires qui reçoivent peu d’affection de mon lectorat.

Est-ce que j’aurais mieux fait de savoir où j’allais ? Je ne sais pas. Mais pour ces deux textes, je doutais de la pertinence des dénouements. Je pressentais probablement que je me forçais à finir des histoires qui ne me convenaient pas.

Veiller sur les arcs narratifs durant la relecture

Lorsque vous relisez votre texte, faites une liste des arcs narratifs et de leur évolution. Notez les événements importants qui les font avancer, notez comment vous les avez terminés.

Vous en remarquerez peut-être qui ne paraissent pas logiques ou qui ne se terminent pas. Parfait, c’est le moment de corriger ça !

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C’est ici que je termine ce long article de conseils. J’espère que vous pourrez vous en inspirer et vous les approprier pour vos séances d’écriture… Et, si vous n’écrivez pas, j’espère avoir satisfait votre curiosité.

Si vous avez des méthodes et des idées à partager pour aider les gens à appréhender les dénouements de leurs histoires, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires !

Et si vous avez d’autres sujets sur lesquels vous aimeriez me voir écrire un pavé, vous pouvez m’en parler !

Crédits photo : Les photos sont, dans l’ordre d’apparition dans l’article, de Tony Webster, de Vladimir Kudinov, de Davide Ragusa, de Ales Krivec, de Jon Eckert, de Hieu Vu Minh, de Pham Khoai et de Adrian Kirby.