J’ai beau vous donner beaucoup de conseils pour écrire, il n’y en a qu’un qui me paraît réellement vital : pour écrire, il faut lire. Cela tombe bien, parce que j’aime beaucoup lire. J’aime visiter les univers d’autres personnes, regarder comme les phrases sont tissées, comment les idées prennent forme. Dernièrement, j’ai surtout lu des livres de SFFF (science-fiction, fantasy, fantastique) français, notamment des recueils de nouvelles. Et, à mon grand malheur, j’ai constaté un souci de représentation des femmes.

Alors il m’est venu l’idée d’écrire un billet à ce sujet. Tout d’abord, je voulais déplorer ce problème avec un texte assez drôle. C’est raté, je n’ai pas pu m’empêcher d’être sérieuse. Au final je vous partage mes questionnements et vous donne quelques conseils pour éviter les stéréotypes.

Le constat

Lorsque je lisais les derniers recueils de nouvelles qui sont tombés entre mes mains, je me suis mise à chercher où étaient les personnages féminins. Quand, sur plus d’une vingtaine de textes, je ne voyais que deux récits avec des femmes pour protagonistes (soit moins de femmes que de robots), je me suis demandé d’où venait le problème.

  • Cela viendrait-il des auteurs et des autrices ?
  • Est-ce un choix des jurys des concours de nouvelles et des comités de lecture ?
  • Aurions-nous peur de ne pas intéresser les lecteurs et les lectrices ?

 

Bien sûr, tous les recueils de nouvelles ne sont pas forcément remplis de protagonistes masculins. Et tous les catalogues de maisons d’édition n’ont pas que des romans avec des héros. Néanmoins, j’ai l’impression qu’à moins de faire des recherches spécifiques ou de demander des conseils, je tombe systématiquement sur des textes me racontant des histoires d’hommes (qui sont majoritairement écrites par des hommes, même si les femmes aussi écrivent aussi sur des hommes protagonistes).

Je me demande pourquoi. Est-ce une question économique ? Aurait-on peur que les textes ne soient pas lus si le protagoniste est une femme ?

Peut-être que c’est une question d’habitude. À force de lire des histoires d’hommes, on écrirait des histoires d’hommes. Comme si l’image du protagoniste se généralisait et qu’il fallait se forcer pour s’en éloigner.

Pourquoi écrire sur des femmes ?

Une amie m’a fait un jour une réflexion, me disant qu’on devrait remplacer “les femmes” par “la moitié de l’humanité” dans la plupart des titres d’articles qu’on lit sur internet.

Exemple (je vous passe les conseils sur la sexualité).

En règle générale, les femmes sont présentées comme des êtres mystérieux pour lesquels nous manquerions d’un manuel explicatif. Qui sont-elles ? Comment pensent-elles ? Quels sont leurs réseaux ?

J’ai remarqué, en lisant des articles sur la représentation des femmes dans les blockbusters en 2016, que nous nous réjouissions qu’elles soient plus nombreuses que jamais (elles représentent 29% des protagonistes dans les 100 meilleurs films de 2016). 29%, c’est encore très peu par rapport aux pourcentages d’hommes et de femmes sur Terre (d’après l’INED, nous tournions autour de 49,6% de femmes sur Terre en 2010). C’est dire l’habitude que nous avons d’être invisibles, ou de servir de trophée ou de motivation pour les protagonistes masculins.

À force d’être absentes des têtes d’affiches, nous manquons de référentes. Les livres, les films, les séries, les jeux vidéo nous forcent à nous identifier à des hommes. Mais les hommes ont très rarement l’occasion de faire l’inverse. Je suppose que c’est une des raisons pour lesquelles certains se sont plaints de voir trop de femmes protagonistes en 2016, alors que les hommes étaient encore largement majoritaires. Ils n’ont pas l’habitude de devoir s’adapter.

Celles et ceux qui me suivent depuis un moment se souviennent peut-être d’un défi de lecture fait il y a quelques mois : j’ai décidé de ne pas lire de livres d’hommes cisgenres, hétérosexuels et blancs pendant un an (pour en savoir plus : We Need More Diverse Books). Le contre-coup de cette expérience est que je suis beaucoup plus critique sur ce que je lis. Et que je n’arrive plus à m’identifier au héros cisgenre, hétérosexuel et blanc.

À titre personnel, j’écris en partie ce que je voudrais lire. Alors j’écris sur des femmes. Pour moi, c’est un acte politique et nécessaire pour amener nos récits à se diversifier.

10 Conseils pour créer des femmes protagonistes originales

Si vous souhaitez écrire une histoire avec une femme pour protagoniste, évitez tout de même les stéréotypes. Je vais vous donner des pistes de réflexion pour vous aider à définir votre héroïne (et vos personnages secondaires, ça fonctionne aussi).

1) Il n’y a pas qu’un seul modèle féminin

À observer les titres des magazines féminins, les conseils bidons sur internet et les livres du genre “Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus” on a tendance à l’oublier, mais toutes les femmes ne fonctionnent pas de la même façon. Nous ne sommes pas toutes forgées de la même manière, nous ne ressentons pas les mêmes choses et toute personne vous disant le contraire ne doit pas connaître beaucoup de femmes.

2) Toutes les femmes ne sont pas obligatoirement cisgenres, hétérosexuelles et blanches

Votre personnage n’est peut-être pas cisgenre. Il est possible qu’on lui ait assigné un genre à sa naissance auquel elle ne s’identifie pas. Si c’est le cas, je vous conseille de lire des blogs, récits, témoignages de femmes trans pour vous sensibiliser.

Toute les femmes ne sont pas hétérosexuelles. Elles peuvent être lesbiennes, bisexuelles, pansexuelles… Il n’est même pas nécessaire qu’elles soient attirées sexuellement par quelqu’un, elles peuvent être asexuelles. De même, il est possible qu’elles n’aient aucune attirance romantique, elles seraient donc aromantiques. L’attirance et la sexualité sont des jolis spectres à observer.

Toutes les femmes n’ont pas la même morphologie, ni le même âge. Certaines sont handicapées. Pensez-y.

Enfin, je trouve à titre personnel que nos protagonistes sont trop souvent blancs, par défaut. Il faut casser ce “par défaut” le plus vite possible.

3) Sortez des standards de beauté

Il y a une grande différence entre les descriptions des personnages féminins et ceux des personnages masculins : les hommes ont le droit d’être laids, tordus, blessés, d’arborer des cicatrices ; les femmes correspondent à nos critères de beauté.

Même quand on nous dit qu’une femme est moche, elle a des longs cheveux, une peau blanche, pas un gramme superflu, et tout le monde tombe à ses pieds. C’est peu crédible qu’une femme qui corresponde aux critères de beauté de la société soit moche. Dans 99% des cas, on ne sait même pas pourquoi elle est moche, donc j’ai tendance à me dire qu’elle a surtout un problème de confiance en elle.

Faites un tour dehors et observez les différentes silhouettes, les différentes coiffures, les visages. Je vous promets que les femmes ressemblent peu à ce qu’on voit sur nos écrans.

4) Définissez des objectifs variés

Je constate que beaucoup de personnages féminins ont pour objectif de trouver un petit-ami / mari et d’avoir des enfants. L’instinct maternel de ces personnages les motivera à agir.

Spoiler : ce n’est pas le cas de toutes les femmes.

Certaines n’en ont rien à faire des enfants. D’autres en veulent bien mais n’oublient pas d’autres objectifs qui leur paraissent plus importants (des réalisations personnelles ou professionnelles diverses).

Je lisais l’autre jour une nouvelle post-apocalyptique où les zombies apparaissaient et où le personnage féminin avait pour unique objectif de devenir mère. J’ai eu énormément de mal à la comprendre parce que… si des zombies surgissent dans mon quartier, je ne vais pas tout de suite penser à tomber enceinte. Question de priorités.

5) Cessez d’utiliser la dichotomie vierge / putain

Trop nombreuses sont les histoires où les femmes sont définies par leur rapport au sexe. Encore aujourd’hui, je trouve des récits avec des vierges qui sont des parangons d’innocence. Et toute femme qui a une sexualité très active risque d’être punie pour cela.

Arrêtons de juger les femmes pour ce qu’elles font (ou ne font pas) durant leurs moments intimes.

6) Ne justifiez pas le caractère de votre personnage par une agression sexuelle

Autre stéréotype que je rencontre encore trop souvent, le personnage féminin qui devient “badass” après une agression sexuelle. Et, pour en rajouter une couche, nombre de ces scènes sont écrites d’une façon qui met mal à l’aise.

Bien sûr, cela peut être le sujet de votre histoire. Mais faites attention : tout le monde ne se transforme pas en esprit vengeur après une horreur pareille.

Par ailleurs, n’oubliez pas que c’est difficile à lire quand on est concernée ou qu’on connaît quelqu’un qui l’est (soit, pour beaucoup trop de lectrices). Et que votre personnage a un caractère qui ne dépend pas uniquement de ça.

7) Il n’y a pas de trait de caractère “féminin” ou “masculin”

Je vous l’assure.

Une femme peut être autoritaire, froide, cynique, désabusée, forte, torturée, téméraire… et ce n’est pas uniquement des traits de caractères réservés aux antagonistes.

8) Avez-vous un protagoniste masculin ? Qu’est-ce que ça changerait si c’était une femme ?

Souvent, quand je lis un roman avec un protagoniste masculin qui ressemble à tous les protagonistes masculins (c’est un peu comme les héros de jeux vidéo qui se ressemblent tous, en plus), je me demande ce que cela aurait changé au récit si le héros avait été une héroïne.

Je pense que c’est une question qu’on gagnerait à se poser quand on crée un personnage. Qu’est-ce que cela changerait si le protagoniste avait un autre genre ? Quels arcs narratifs apparaîtraient ou disparaîtraient, et pourquoi ?

Cette technique peut aider à identifier des nouvelles idées, comme des préjugés ou des stéréotypes qu’on ne voit pas au premier abord.

9) Lisez des témoignages

Le meilleur moyen de vous sensibiliser à certaines problématiques que rencontrent les femmes, c’est de lire des articles, billets de blogs, récits qu’elles écrivent.

Si vous abordez un thème que vous ne connaissez pas, cela vous évitera de raconter des bêtises.

Posez des questions, informez-vous. Et écoutez.

10) Pensez à vos lectrices

J’ai rencontré trop de personnes qui considèrent que la science-fiction, le fantastique et la fantasy sont des genres littéraires typiquement masculins.

Ce n’est pas le cas.

Je peux vous assurer que c’est fatiguant de lire des histoires où les femmes ne sont que des personnages secondaires mystérieux à draguer. Donnez de l’importance à vos personnages féminins, donnez leur de la substance. Vous intéresserez peut-être un nouveau lectorat !

Crédits photos : Dans l’ordre d’apparition dans l’article, les photos sont de Clem Onojeghuo, Shamim Nakhai, Audi Nissen, Cristian Newman, Brianna Fairhust.