Dans mon précédent article, je laissais entendre que j’avais un scénario à avancer pour des nouveaux joueurs de jeu de rôle. Vous m’avez demandé un peu plus d’informations sur mon implication dans cette passion que j’ai depuis bien plus de dix ans.

J’ai commencé le jeu de rôle sur forum et dans des MMORPG (des jeux vidéo massivement multijoueurs). Aujourd’hui, je ne joue quasiment que sur table, avec un groupe d’ami·e·s et mes dés récalcitrants. Je suis joueuse et maître du jeu. Mais je n’aborde pas le jeu de rôle de la même façon selon mon rôle.

Bien sûr, je vais vous parler de mon expérience personnelle. Ma vision du jeu de rôle n’est pas celle de tout le monde. Le jeu de rôle ouvre différentes façons de jouer, aussi variées que ses adeptes.

Mon rôle de joueuse de jeu de rôle

Quand je jouais sur forum ou dans des MMORPG, j’étais maître du jeu (que je simplifierai en MJ). Depuis que je joue sur table (c’est-à-dire qu’on se rassemble dans une pièce avec des ami·e·s), je suis plus souvent joueuse que MJ. Du moins, jusqu’à ce début d’année 2019, parce que ça a tendance à changer.

En tant que joueuse, je suis cette personne qui va passer des semaines à trouver un concept de personnage qui lui plaît, à écrire son histoire, à lui créer une playlist… Je joue souvent des gens qui sont en conflit avec leur société. Alors, mes personnages se cherchent une famille d’adoption (le groupe de personnages joueurs). Très honnêtement, je parle d’identité queer.

Voici ma playlist pour ma dernière perso créée, une Barbare de la Tempête, Fallen Aasimar (ange déchue), pirate, inspirée par mes voyages en Islande

Etant donné que ma première approche du jeu de rôle a été écrite (que ce soit sur forum ou dans des jeux vidéo), je suis plus attirée par les discussions entre les personnages, les choix moraux, ou en général tout ce qui peut faire évoluer le caractère de mes personnages ou leur vision du monde. Les combats ne m’intéressent pas (ou pas beaucoup). Je me moque d’avoir un personnage optimisé. Et je suis allergique aux scénarios “Portes Monstres Trésor” (qui consistent à aller dans un lieu, ouvrir les portes, combattre les monstres, partir avec le trésor). J’ai besoin d’émotions.

Une fois les séances de jeu de rôle terminées, j’écris les aventures de mes personnages. Cela me sert autant à me souvenir des parties que de travailler leurs caractères. C’est aussi l’occasion d’évacuer les frustrations sur ce que je n’ai pas réussi à jouer.

Mon rôle de Maître du Jeu dans le jeu de rôle

Je suis moins habituée à être MJ parce qu’il y a deux personnes très douées pour ce rôle dans le groupe d’ami·e·s avec lesquels je joue le plus souvent. Comme je manque d’expérience, je ne peux pas m’empêcher de comparer mes scénarios aux leurs. Et je n’arrive pas suffisamment à provoquer les émotions que je voudrais, donc ça me frustre. Néanmoins, j’ai décidé de ne pas me laisser impressionner. Le meilleur moyen d’avoir de l’expérience, c’est de jouer.

En ce moment, il me semble que nous avons des attentes assez différentes pour nos parties. Nous n’abordons pas les univers de la même manière. Certain·e·s préfèrent un jeu plus stratégique, peut-être plus proche du jeu de société. Du coup, je me questionne beaucoup sur la façon de créer un scénario qui plaise à tout le monde.

Ainsi, je commence de plus en plus par demander aux gens ce qu’ils aiment ou non dans les livres, dans les séries, dans les films, dans les jeux vidéo… Pour avoir une idée des narrations qui les touchent, de ce que je peux glisser ou non dans leurs parties. Je ne peux pas forcément tout mettre dans mes parties, alors j’essaye de créer un compromis entre nos attentes. C’est d’ailleurs une question que je me pose aussi quand je commence un roman ou une nouvelle : qu’est-ce que j’aime, qu’est-ce qui m’émeut en ce moment ?

Par exemple, je sais qu’en tant que joueuse, le meilleur moyen de m’impliquer c’est de me faire comprendre que mon choix de personnage a une influence sur la partie. Quand on décide de jouer un·e noble banni·e de son royaume ou un·e orphelin·e qui cherche à retrouver son frère, j’attends que cela ait de l’importance. Les personnages ne devraient pas être interchangeables. Ainsi, j’essaye désormais de rebondir sur les histoires de personnages qu’on me présente. Les joueurs apportent des arcs narratifs et je trouve cela important de les accepter, ou de discuter avec eux pour mieux les intégrer à l’univers si nécessaire. Je vous promets qu’on ressent une certaine satisfaction quand quelqu’un reconnaît un élément de son histoire dans la partie.

Mes réflexions actuelles se portent aussi sur l’équilibre entre la préparation d’un scénario et l’improvisation sur place, sur la création d’accessoires, de plans… Quand j’ai du temps, j’essaye d’être un peu créative. Mais je ne sais pas si ça plaît.

Je travaille aussi sur la figure de l’antagoniste. Je trouve que le jeu de rôle nous pousse à avoir un antagoniste le temps d’un scénario, puis à le tuer, puis à changer d’antagoniste. Alors que, dans les romans, les films, les jeux vidéo… j’aime les antagonistes autant que les protagonistes (souvent plus). J’aime quand ils ne sont pas bêtement méchants. Et j’aime aussi quand le fait de les tuer n’est pas la solution à tous les problèmes. Alors je réfléchis à comment intégrer ça en jeu de rôle.

Cependant, je dois faire attention à mon gros défaut : j’aime tellement créer des personnages non joueurs qu’ils sont trop poussés. Et j’ai tendance à leur donner trop d’importance. C’est probablement lié au fait que j’aime les découvrir quand je suis joueuse. Cela peut aussi venir de l’écriture de romans. J’apprends à me calmer. Mais ma nouvelle tendance à prendre les histoires des personnages comme base des arcs narratifs m’aide beaucoup pour ça.

Récemment, j’ai eu l’occasion de commencer à jouer avec un second groupe de joueurs, ce qui m’a permis d’être MJ sans être dans la comparaison avec les autres. Je teste aussi le jeu de rôle avec un seul joueur (au lieu de 3 ou 4) et j’aime beaucoup ça. Cela me donne l’impression d’improviser un “livre dont vous êtes le héros” personnalisé. Puisque je suis dans une période d’expérimentation, mes différents groupes me permettent de m’améliorer. Et je crois que tout cela m’aide aussi à créer des mondes pour mes romans.

Et donc…

Je vous conseille d’essayer le jeu de rôle. Trouvez des gens en qui vous avez confiance (parce que c’est malheureusement un milieu assez teinté de sexisme) pour tester. Pour moi, c’est une bouffée d’air frais. C’est un excellent moment avec des ami·e·s qui me sont chers.

J’ai fait des parties d’initiation pour plusieurs personnes (dont mes jeunes cousin·e·s). C’est toujours amusant de créer des personnages avec des gens et de les voir jouer.

Si certains points de cet article vous ont intéressé·e·s, que vous avez des questions, ou que vous voudriez que j’aille un peu plus dans les détails, n’hésitez pas à me le demander. Je n’en avais jamais vraiment parlé ici mais je serais ravie d’en dire plus si cela vous plaît. Je peux partager des astuces, des références, suggérer des jeux, vous expliquer quelle est l’influence du jeu de rôle sur mon écriture… entre autres !