Le mois dernier, ma grand-mère a terminé une sculpture. Je pense qu’elle a rarement mis autant de temps à revoir et corriger des petits détails sur une de ses œuvres, elle qui sculpte, dessine et fait de la reliure. C’était intéressant de la voir tourner autour de sa création, d’être appelée pour proposer quelques critiques.

Cet échange m’a fait réfléchir. Après tout, la retouche et la correction sont des stades de création qui me semblent omniprésents, quel que soit le média. Il est si facile de se tromper ! Que vous soyez en train de faire de la couture, du dessin, de la vidéo, de la sculpture ou de l’écriture, le premier jet est rarement parfait.

Aujourd’hui, je souhaiterais vous décrire mon rapport avec les corrections de mes récits.

Corriger, ce stade difficile dans la création

Honnêtement, je n’aime pas corriger mes créations. Cela me met face à mes doutes et à mes questionnements. Est-ce que ce que j’écris est intéressant ? Comment puis-je mettre sur papier des textes aussi mal construits ? Si je ne me reprends pas, je vais rapidement me comparer avec d’autres auteurs. Entre la honte et la peur, il m’est difficile d’apprécier cet instant. Et je ne vous ai parlé que de l’instant où je corrige seule.

Avant de commencer la trilogie sur laquelle je travaille actuellement, je ne corrigeais pas mes textes. Dans le meilleur des cas, je les relisais en vitesse, juste après les avoir terminés, pour pouvoir rapidement les montrer à ma famille et à mes amis. J’ai essayé, des années plus tard, de lire un roman rédigé à cette période. Il me paraît inachevé.

Depuis un peu plus de deux ans, je ne me contente plus d’une unique relecture. Pour mes nouvelles, je passe au moins autant de temps à écrire qu’à corriger. Pour mes romans, c’est plus difficile à évaluer : j’ai déjà passé deux fois plus de temps sur la correction que sur la rédaction pour le premier tome de ma trilogie… et je suis loin d’avoir terminé.

De plus, j’ai la chance d’avoir des amis volontaires pour relire mes textes. Certes, ce sont des amis et ce n’est pas encore une correction venant de professionnels, mais ils sont tout à fait pertinents dans leurs remarques et me permettent de faire des progrès. L’instant où je récupère une nouvelle pleine de suggestions est toujours impressionnant, parce qu’il signifie que j’ai encore beaucoup de travail. Il m’arrive de regarder la liste des commentaires sur un de mes documents et de me sentir découragée. Néanmoins, je m’arrange pour toujours revoir un texte après l’avoir fait corriger par quelqu’un. C’est non seulement de la politesse, mais c’est surtout un moyen de s’améliorer.

Pour ma trilogie, j’ai mis en place des relectures particulières avec deux amies. Plutôt que d’attendre des notes de correction, je voulais entendre mon texte et recevoir les remarques au fil de la lecture. En toute honnêteté, ces séances ne sont pas toujours faciles à vivre. Il suffit d’avoir passé une mauvaise journée et les remarques paraissent injustes. Le secret ? Les écrire quand même, je les appréhenderai mieux à tête reposée. Chaque commentaire a son importance, qu’il s’agisse d’une remarque sur la ponctuation ou d’une scène entière qui n’a pas été comprise comme je le souhaitais. Si j’ai choisi d’avoir plusieurs points de vue, c’est parce que mes amies n’ont pas la même sensibilité, ni les mêmes idées. Si je veux les entendre, c’est parce que je remarque des détails supplémentaires à l’oral que je ne vois pas à l’écrit.

Personnellement, je prends souvent des notes sur papier, même si mon texte est sur ordinateur. J'ai une meilleure visibilité sur l'avancement de mes corrections.

Personnellement, je prends souvent des notes sur papier, même si mon texte est sur ordinateur. J’ai une meilleure visibilité sur l’avancement de mes corrections.

Comment sont organisées mes corrections ?

J’aimerais vous parler des relectures de mes romans. Cependant, si vous avez bien suivi, je n’en ai encore terminé aucune. Ainsi, je vais vous décrire comment les nouvelles rédigées cette années ont été relues. Je vous mets en garde : ce n’est que ma méthode et celle-ci précède toute correction demandée par des éditeurs (je n’ai pas encore vécu cette étape). Ma méthode n’est pas forcément la meilleure, peut-être que des conseils venant d’autres personnes conviendront mieux pour appréhender ce moment.

Avant de commencer ma correction, je me prépare à considérer mon texte comme « loin d’être parfait et loin d’être nul ». Cela ne sert à rien de relire si vous partez du principe que ce que vous avez écrit est un chef d’oeuvre. Vous êtes là pour chasser les fautes et les invraisemblances, il faut prendre conscience de leur existence. De plus, je ne connais personne qui écrit impeccablement au premier jet.

Ensuite, j’ai toute une liste de relectures :

  1. La relecture à chaud : dans la mesure du possible, la première relecture a lieu tout de suite après le point final de la rédaction. Je suis encore dans l’histoire et je veille sur les premières invraisemblances. Par exemple, il m’est arrivé de commencer un texte en le situant en automne, puis de choisir en plein milieu de la rédaction qu’il se déroulerait en été. C’est à ce moment que je m’en occupe.
  2. La relecture avant de l’envoyer à quelqu’un : il faut toujours revoir une nouvelle avant de l’envoyer à quelqu’un. C’est plus agréable pour mes relecteurs si le texte a de la consistance (et c’est important de limiter les commentaires sur les fautes de frappe). Si j’ai mis beaucoup de temps sur cette relecture et que je me rends compte qu’il y avait plein de choses à changer, je réitère cette étape autant de fois que nécessaire. L’idée est d’être à peu près contente de ce que j’ai fait. Il m’arrive d’avoir des doutes à ce moment, comme de trouver qu’une phrase est un peu étrange. Dans ce cas, je préviens mes relecteurs pour qu’ils puissent faire leurs commentaires. Si la relecture à chaud est immédiate, je m’arrange pour mettre le texte de côté durant quelques jours avant de le revoir. Je suis plus sensible quand je prends de la distance !
  3. La relecture par quelqu’un d’autre : je demande au moins à une personne de relire ma nouvelle. Quand je récupère le texte, j’intègre plus de 90% des remarques (blagues et réactions sur le récit mises à part !). Elles sont toujours pertinentes ! Si une remarque me paraît exagérée ou inadaptée, j’en discute avec la personne qui s’est occupée de la relecture pour qu’elle argumente. Je préfère éclaircir un sujet plutôt que de l’ignorer à cause d’une mauvaise compréhension.
  4. La relecture pour la ponctuation : cette étape est l’occasion de vérifier que les règles de ponctuation sont bien respectées, d’ajouter des espaces insécables (mon logiciel de traitement de texte ne les ajoute pas automatiquement), de retirer les virgules superflues et de faire attention à ce que les phrases ne soient pas trop longues. Cela ne m’empêche pas de corriger d’autres petites choses en même temps : je n’oublie jamais l’orthographe et les phrases étrangement construites, mais je suis concentrée sur ma ponctuation.
  5. La relecture pour les accents : je ne mets volontairement pas d’accents sur mes majuscules lorsque j’écris. Je dédie une relecture à ce point, même si c’est une façon de m’obliger à une nouvelle correction. Cette fois encore, je relis sérieusement la totalité du texte pour chasser les fautes.
  6. La relecture « finale » : en théorie, c’est la dernière relecture avant envoi pour publication (ou pour mise en ligne directe sur ce site). Cependant, je la réitère autant de fois que nécessaire. Si j’ai fait énormément de corrections à ce stade, je le recommence parce que cela signifie qu’il y avait encore beaucoup de travail.

Ainsi, je relis au moins six fois mon texte (sept si nous coupons la troisième en deux).

Quand s’arrêter ?

Je suis perfectionniste. Si je me laissais aller, je pourrais écrire un seul texte dans ma vie et le corriger éternellement.

Souvenez-vous : pour Noël, je vous ai promis une nouvelle. Je l’avais terminée et corrigée il y a bien longtemps. Je l’ai relue avant de la préparer pour ce site et j’y ai trouvé des maladresses qui m’avaient échappées. Cela signifie deux choses :

  1. Un texte ne sera jamais parfait
  2. Je progresse

Et ce deuxième point est très important ! En l’espace de quelques mois, je remarque des nouvelles choses. C’est pour cela que vous voyez l’année sur la page de présentation des nouvelles que je laisse à votre disposition sur ce site. L’écriture presque quotidienne et les corrections m’aident à progresser. J’aime bien me le répéter : ça m’encourage.

Et ça ne fait jamais de mal, les encouragements.

Et ça ne fait jamais de mal.

En général, j’arrête mes corrections quand je suis contente de moi au moment de la relecture finale. C’est un indicateur tout à fait personnel, mais si je n’ai rien à changer, c’est déjà bien.

Revenons à ma grand-mère qui corrigeait sa sculpture. Elle est tombée face à un écueil : elle a fait une modification de trop, qui gâchait l’oeuvre d’après elle. C’est plus simple de revenir à une ancienne version quand on écrit sur ordinateur que quand on retouche un buste. Cependant, il m’est déjà arrivé de détester un de mes récits parce que j’ai changé plusieurs fois de point de vue narratif. Après une longue hésitation, j’ai laissé tomber et je me suis dit que je n’étais pas convaincue par mon propre récit. La vue de ce texte m’énervait, j’étais bien trop loin de l’écriture pour le plaisir.

 

Quelques conseils

Maintenant que je vous ai parlé de mon expérience, voici quelques idées supplémentaires :

  • Si vous n’avez pas de proches disponibles pour la relecture, il existe des collectifs comme CoCyclics qui vous mettront en relation avec d’autres personnes. N’oubliez pas de lire les règles de ces collectifs avant de les rejoindre !
  • Je me suis focalisée sur la relecture de mes propres textes. Cependant, quand j’ai l’occasion (pas autant que je le souhaite), je relis aussi des textes d’autres auteurs. C’est très formateur et je vous invite chaudement à faire de même si vous le pouvez.
  • Les corrections vous paraissent longues et ennuyeuses ? Essayez d’en faire un moment agréable. Je prépare souvent un bon thé accompagné d’une sucrerie pour l’occasion. Installez-vous bien et profitez !
N'oubliez jamais les bienfaits d'une bonne boisson chaude !

N’oubliez jamais les bienfaits d’une bonne boisson chaude !

Cet article ne parle que de la méthode que j’applique aujourd’hui (comme je vous l’ai raconté, elle a évolué depuis quelques années et changera probablement au fil de mon expérience). Vous pouvez la reprendre ou vous en inspirer si elle vous convient. Souvenez-vous que tout le monde ne peut pas y adhérer ! De mon côté, je suis très curieuse de savoir comment vous organisez ce moment nécessaire. Oui, j’insiste : vous devez relire et corriger vos récits avant de les présenter à quelqu’un.

J’en profite aussi pour remercier celles et ceux qui participent, ponctuellement ou non, aux relectures de mes textes. C’est très important pour moi.